2018-02-17

Les archives d’André


J’ai déposé une petite carte de visite chez Marie, car il y a longtemps que je travaille sur sa correspondance et j’ai besoin d’en parler avec elle, à l'occasion de ce #RDVAncestral.

Chère Marie
Ce petit mot pour vous demander si je pouvais vous rendre une petite visite pour parler de vos archives.
Puis-je vous rencontrer le samedi 17 février puisque c’est le jour du #RDVAncestral ?
Bien à vous,

Chez Marie et André

C’est Agathe qui ouvre lorsque je sonne à la porte de l’appartement, elle dit que Marie m’attend.
La maîtresse de maison pose le journal qu’elle lisait, les nouvelles sont inquiétantes :
« Le journal ce matin parle d’attaques allemandes à Nowevy. Je pense que ces combats doivent être bien à côté d‘André et de son ambulance et qu’ils vont leur donner bien de la besogne. Quelle canonnade il doit entendre. »

Une théière et deux tasses de porcelaine posées sur une table m’apparaissent de bon augure, Marie semble contente de m’accueillir.
Je suis heureuse de ce nouveau rendez-vous chez Marie, il me semble retrouver davantage qu'une cousine, une amie dont je connais l’intimité. Marie sait me mettre à l’aise et la conversation s'installe tout de suite en confiance. Après avoir demandé des nouvelles de la famille, j’aborde le sujet des archives.

Chère Marie, je suis ravie que votre petit-fils m’ait confié les boîtes contenant vos lettres, vos journaux intimes et des albums de photos de différentes périodes. Je suis venue aujourd'hui pour vous demander de bien vouloir nous pardonner ces incursions dans votre vie privée.


Avez déjà pu ouvrir les boîtes qui contiennent la correspondance conservée dans la maison de votre belle-mère ? Ces documents sont extrêmement importants pour mieux vous connaître tous ! Ils me donnent des nouvelles de nos ancêtres, de nos cousins. Je vous remercie de les garder avec soin.
Marie répond que c’est surtout André qui a tout rangé dans leur maison à la campagne. Il a suivi les conseils de sa mère qui s’occupait des recherches sur leur famille, et aussi ceux de son frère Gabriel, l’archiviste.

J’ai lu en détail toutes ces lettres ! En 2018, nous sommes vraiment intéressés par la correspondance envoyée à votre mari, cela décrit la vie quotidienne à Lyon pendant la Grande Guerre.
Marie s’enquiert de savoir si je travaille pour la censure militaire, car elle sait que les courriers peuvent être ouverts.
La guerre est finie, je la rassure en souriant. 
Quelle chance qu'aucune de vos lettres n'ait été perdue ! Savez-vous qu’il est précieux au XXIème siècle de posséder les missives envoyées par des femmes à leurs soldats, cette correspondance intégrale est bien plus rare que celle des poilus.


Oh ! avoue-t-elle, j’ai cru défaillir le jour où le facteur m’a apporté un paquet des lettres expédiées par André, sans un mot d’explication. Heureusement j’avais bien reconnu l’écriture de mon mari, ce qui était une preuve qu’il était vivant, mais sur le moment je n’ai pas compris qu’il me renvoie ces rédactions que j’écris pour le distraire de ses tristes occupations à l’hôpital.
J’essaye de lui expliquer que ce n’est pas un manque de considération, mais les soldats vivent dans une installation provisoire puisqu’ils se déplacent au gré des combats, ils préfèrent ne pas s’encombrer et risquer de perdre des choses personnelles.
La jeune épouse dit qu’elle les a classées, entourées d'un ruban de soie et mises sous clef. Faut-il en brûler ?
Oh, surtout pas ! m’exclamé-je spontanément.
Me rapprochant de la jeune femme, je pose une  main rassurante sur la sienne et j’ajoute que je connais les secrets qu’elle écrit en confidence, mais je ne les révélerai pas à n’importe qui.  

Pour nous qui vivons un siècle après vous, les incidents familiaux ne résonnent plus aussi vivement. Je sais que vous faites votre possible pour maintenir les bonnes relations avec chacun et que l’on vous apprécie pour cela au sein de la famille.

J’aurais une demande à faire à Marie, car je ne suis pas sûre qu'elle apprécierait de savoir que je raconte nos rendez-vous dans mon blog. Je ne sais comment lui expliquer cela, elle ne peut pas imaginer les médias de notre époque. 
C’était le but de ma visite, mais je vais repartir sans avoir osé aborder ce sujet.

2018-02-15

Le 1er janvier 1918


« On n’ose même plus se souhaiter une bonne année »


Il a été bien triste le déjeuner du 1er janvier 1918 chez Bonne maman. 
Comme à l’accoutumée Madeleine Henry avait réuni sa famille au n°1 de la rue des Augustins, mais cette année les conversations étaient laborieuses.


Pour faire diversion on regardait ses arrières-petits-enfants très jeunes qui animaient la réunion : Marie L. était venue avec Jean et Anne, et Madeleine avec ses quatre enfants, François le dernier ayant à peine trois ans.
Madeleine, la sœur de Marie est veuve depuis deux mois.
Il fallait éviter les sujets tristes pour épargner Madeleine « Je voyais de temps en temps ses yeux se remplir de larmes » écrit Marie à André. Ce dernier n’a pas eu de permission depuis plusieurs semaines, il a passé Noël dans son ambulance où les blessés sont nombreux.

Le deuil est récent et pour chacun l’émotion est difficilement contenue.
William Jeannerod, lieutenant au 3eme Bataillon de chasseurs, est mort pour la France, tué à l’ennemi d’une balle dans la tête, le 30/10/1917 à Vieux-Thann, il avait 36 ans.


Marie ne peut chasser de son esprit la terrible journée de l’enterrement, où elle avait soutenu sa sœur Madeleine qui s’est montrée « très courageuse et très résignée. »
Les obsèques de William : « c’était bien horriblement triste et cet uniforme d’alpin sur ce catafalque recouvert du drapeau tricolore était terriblement saisissant ». « Madeleine avait voulu assister à cette messe et a disparu seulement avant l’énorme défilé qui était considérable à cause des clients et des amis de papa »

Le 23/11/1917, Marie a rencontré par hasard un chasseur alpin qui connait son beau-frère.

« Regarde ces hasards de l’existence. C’est à ne pas le croire ! […] Je vois un chasseur alpin qui me tend le papier ; comme ça vous fait toujours maintenant une émotion de voir cet uniforme. Je n’ai pas pu m’empêcher de le questionner un peu et lui demande où il va retourner et s’ils sont bien mal dans sa région ? Il me dit qu’il retourne dans la vallée de Thann et qu’on y craint comme partout car les Boches y envoient pas mal de balles et il ajoute qu’un lieutenant, son lieutenant vient justement d’être tué et laisse 4 enfants ; tu comprends que ça m’a donné une émotion … 
Ce lieutenant était William et cet homme était un de ses hommes qui s’occupait tous les jours des mitrailleuses avec lui ; avoue que c’est inouï ! » …


Le docteur Leclerc, a eu connaissance des détails sur la mort tragique de son gendre et l’on peut penser à la colère de sa fille Madeleine entendant cela :
Car « il résulte chose horrible qu’il y a bien eu tout de même une légère part d’imprudence de la part de William » 
 « Il parait bien que la zone très dangereuse, où il allait voir ses mitrailleurs n’était guère pratiquée que la nuit ou enfin le soir plutôt ; or William s’était mis en route la matin, comptant sur l’épais brouillard et voulant aller voir quelque chose qui n’allait pas, et qu’on lui avait signalé, d’après ce qu’on croit ; c’est le brouillard en se dissipant tout à coup qui a du causer sa mort, et il semble bien qu’il ait été visé d’après ces derniers détails ; il a été trouvé vers 3 ou 4 heures entre 2 réseaux de fils de fer barbelés dans un endroit très dangereux, et on dit que la balle ayant traversé la tête dans toute sa longueur  (elle est ressortie par le bas de la joue ) la mort a certainement été immédiate ; je voudrais tant que ça soit vrai ! ou sans cela quelle a du être son agonie, pauvre William ! »


Au début de la guerre, Marie était envieuse de sa sœur aînée qui avait la chance d’avoir son mari proche et souvent en permission lors de sa formation. 
Mais ensuite elle a compris le danger :
 « William a été nommé lieutenant, je ne sais pas bien pour quel fait de guerre mais enfin c’est un fait certain que sa nomination ; Madeleine est très fière de ça, moi je pense que c’est sans doute la pénurie d’officiers qui est cause de ce changement et j’ai bien peur, sans le dire naturellement, qu’il ne craigne davantage encore » 
L’inquiétude exprimée dans les lettres était prémonitoire :
« William est, d’après ce qu’il écrit, plus en danger que jamais, à un nombre incalculable de mètres sous terre et absolument à 2 jours des Boches, paraît-il, c’est affreux à penser » 


2018-02-04

Un mariage en temps de guerre


Marie est invitée au mariage de son amie Claire, le 23 septembre 1915

« T’ai-je dit que Claire se mariait le jeudi 23 dans la plus stricte intimité et sans aucun cérémonial ? La cérémonie doit se faire dans la chapelle de la Ste-Vierge à Ainay. Il ne viendra pas beaucoup de personnes »  
« Je compte y assister, car elle m’a écrit pour m’en prier »

Eglise Saint-Martin-d'Ainay à Lyon

Les amies de Marie L. s’avèrent souvent être des cousines que l’on peut relier à son arbre.
Claire a 22 ans, soit quatre ans de moins que Marie laquelle, mariée depuis quatre ans, est mère de deux enfants. Les cérémonies heureuses n’étaient pas si fréquentes pendant la Grande Guerre, la jeune femme a apprécié d’assister au mariage, un moment de réjouissance au milieu de moments tristes.

Le mariage civil a eu lieu à la mairie du 2eme arrondissement de Lyon à dix heures du matin ; ensuite on a marché simplement jusqu'à l’église proche.

Marie s'est placée à côté de sa grand-mère.
« Mais nul de nous n’est invité au déjeuner qui suivra; bonne maman par exemple en qualité de marraine était invitée, mais elle a refusé car elle part le lendemain 24 jours pour Fribourg et a trouvé qu’il lui suffisait d’aller à Ainay. »

Elles s’attendaient à ce que la cérémonie n’ait pas l’éclat des mariages d’avant guerre, cependant Marie est stupéfaite de l’absence de solennité de la messe.

« Ce mariage Guill. était une chose incroyable de simplicité et de sans façon : simplicité qui était certainement voulue et cherchée à cause de l’heure présente, mais j’ai même trouvé que c’était un peu exagéré, et que sans l’ombre de réjouissances, ni de réceptions nombreuses , qui auraient certes été choquantes dans un pareil moment, la cérémonie à l’église aurait pu être un peu plus solennelle »

Naturellement la famille de Marie et d’André a dû faire une comparaison avec leur mariage, 1911 était une époque plus heureuse.
 « On ne se marie en général qu’une fois, et le mariage religieux doit vous laisser, je trouve, de grands et beaux souvenirs : hier tout s’est passé dans la chapelle de la Ste-Vierge à Ainay » 
L’ office, réduit au minimum, s’est tenu dans la chapelle latérale à droite et non dans la grande nef de la prestigieuse basilique Saint-Martin-d’Ainay qui fait aurait fait résonner magnifiquement les chants, mais hélas l’orgue n’a pas joué  pendant la  messe basse voulue par la famille.
« pas un sou de musique ni de chant, une messe basse vite dite précédée d’une rapide bénédiction et de quelques conseils qui n’avaient pas la prétention d’être un discours, lus par un vicaire d’Ainay ; 2 chaises nues avec 2 prie-Dieu devant pour les mariés » 


Au mariage de Claire on ne croisait guère de tenues élégantes, l’assistance était composée de «quelques personnes en costume sombre de ville usagé et nullement élégant ». 
On peut être assuré que la jolie Marie avait su s’habiller avec soin pour la circonstance.
«J’ai été stupéfaite en voyant entrer Claire G. en robe tailleur de ville qu’elle aurait pu porter dans la rue et un grand chapeau tout blanc : c’était bien un costume de fiançailles, mais pas de mariage »
L’élégance et le savoir-vivre des lyonnaises ne sont pas de mise ici.

« Son fiancé était en uniforme » Abel a 25 ans, sa profession est mentionnée comme employé de commerce, mais pour l’heure il exerce la mission de sous-lieutenant au 8ème hussard.
Les parents de Claire auraient souhaité retarder la date de l’union, ils n’apprécient pas que leur fille se marie si tôt.
« Les Guilleminet disent qu’ils ont fait tout le possible pour que ce mariage ne se fasse pas encore mais que Claire a été impossible à convaincre ; son fiancé qui a toujours été tranquillement dans le midi à je ne sais quel poste bien sans danger est maintenant à la Valbonne et elle dit qu’elle veut l’épouser avant son vrai départ qui ne peut plus tarder. »

Marie peut témoigner, comme cela s’est produit pour le mariage de Gabriel et pour celui de Marcelle, que ces réticences sont courantes en temps de guerre. Les mariés se hâtent de convoler alors que leurs familles essayent de les dissuader ou de les freiner. En tous cas, elles se rendent à la noce sans enthousiasme et en rang clairsemés avec des tenues simples.


Marie se désole pour son amie :
« Qui aurait dit que la riche, choyée et élégante Claire G. se marierait de cette façon là ? Je sais bien qu’ils n’en sont pas moins tout aussi bien mariés ; mais je trouve que c’est un peu exagéré. »

Voici le faire-part discret, paru deux semaines après dans le Figaro, de ce mariage « célébré dans la plus stricte intimité »

Néanmoins Claire et Abel auront une longue vie ensemble. Claire vivra jusqu’en 1975, atteignant l’âge de 89 ans, Abel celui de 91 ans, ce qui fait soixante ans de vie commune.

2018-01-20

Autour de Clotilde Sauvade

Soudain tout se met à vaciller, la cathédrale se colore comme dans un rêve,
me voilà transportée dans un #RDVAncestral, le 5 juillet 1918.

Cathédrale St-Jean, Lyon #FDL
Une jeune femme me prend le bras, Marie m’a reconnue car nous nous sommes rencontrées lors des derniers #RDVA, #1914/18dans les rues de Lyon et place Bellecour. Elle est accompagnée de son petit Jean, âgé de cinq ans et demi.

Je suis contente de la voir même si la circonstance est triste. Nous attendons la sortie du cortège des funérailles de Clotilde Sauvade, c’est une aïeule à la VI génération de mes enfants (sosa 47). L’assistance est nombreuse, je constate que la défunte était estimée.

Marie a assisté à l’office pour représenter son mari mobilisé hors de Lyon, André est le fils d’Honoré, cousin germain d’Etienne. Clotilde, épouse d’Etienne, était une vieille dame de 85 ans, la dernière de sa génération.

Marie semble fatiguée, « moi je me débats au milieu des mioches » dit-elle.
Je prends des nouvelles de ses enfants, en particulier du tout petit Pierre, un nourrisson de quatre mois.
« Pierrot a crié tant et plus ces deux dernières nuits » La jeune maman sait qu’elle ne devra pas trop s’attarder et ne pourra suivre le cortège jusqu’au cimetière car la nourrice ne lui apparaît pas très patiente pour s’occuper longtemps de sa fillette et du bébé. D’ailleurs Jean s’impatiente aussi.

J'aimerais savoir si elle connait les circonstances du décès survenu dimanche 1 juillet à 11h du matin :
« des détails sur la mort de Mme Falcouz , je n'en ai que bien peu, ça a été très rapide une crise de cœur qui a duré je crois à peine 24 h, puisque Madame Morat (sa fille ) n'a pas même pu arriver de St-Sorlin. "
Justement voici Jeanne avec Jean, entourés de leurs filles, Marie va les saluer. Madame Morat fait l’éloge de sa mère :
« La perte que nous venons de faire est bien dure et je sens que le vide sera d’autant plus cruel que nous avons conservé ma chère Maman en possession de toutes ses facultés jusqu’à un âge accessible à peu de vieillardes. Elle avait toujours vécu avec nous, soit à la ville soit à la campagne. » Très émue, Jeanne poursuit « Sa mort a été édifiante comme sa vie, et nous retrouverons là-haut celle qui nous a tant aimés ici-bas et qui a emporté toute notre tendresse. » Les larmes empêchent Jeanne de continuer et Jean ajoute :
« Notre chère disparue était celle de tous ceux qui l’approchaient. Sa haute bienveillance, cette sérénité souriante, cet oubli constant de soi ajoutait un charme de plus à ses belles qualités d’intelligence et de cœur. »


Le petit Jean tire sa maman par la main et nous restons un peu à l’écart, j'extrais de mon sac une petite carte que je montre à Marie. Elle s’étonne de ne pas l’avoir reçue. Bien sûr ce mémento est encore chez l’imprimeur, lui dis-je, n’oublions pas que je vis au XXIème siècle !
Je l’ai trouvé dans le missel de Thérèse Chartron que je conserve dans une boîte d’archives avec d’autres images en souvenir des morts de sa famille.
La photo de Clotilde et les paroles de sagesse qu’elle appréciait ont été choisies par ses enfants pour être imprimées sur cette carte.
"Elle vit venir la mort sans faiblesse ni murmure et l’attendit dans le calme de son cœur."

Marie m’incite à lire plus attentivement les citations au verso, j’avoue que la photo de notre grand-mère m’intéressait davantage que le texte. Comment ai-je pu ne pas entendre la voix de Clotilde ?
Voici les Notes de son testament ( j’aimerais savoir où il est conservé) :
"Merci mes chers enfants votre affection a réchauffé ma vieillesse, je pars bientôt priez pour moi comme je prierai pour vous. Que mon souvenir soit accompagné de la ferme espérance de se retrouver réunis pour toujours.
Les paroles des disciples d’Emmaüs qu’elle aimait tant à répéter :
Demeurez avec nous, Seigneur, car il se fait tard."
Comme c’est émouvant, voici les dernières paroles de notre grand-mère :
"Plus près de Toi mon Seigneur, plus près de Toi"



La famille sort en cortège pour accompagner le cercueil de chêne recouvert de fleurs. Je reconnais sa fille Fanny que nous devions aller voir avec Marie comme convenu en décembre dernier.
Parmi ses petites filles se trouve Thérèse, mais je ne vois pas son mari Fabien A. ? Aura–t-il pu se libérer de son service de radiologie à l’hôpital de Valence qui reçoit tant de blessés de cette affreuse guerre. Toutes les familles présentes ici souffrent de la guerre qui devient interminable.
Marie s’approche de Marguerite et de ses sœurs pour leur dire un mot de condoléances.
« Ne serait-ce pas Gabriel P. le cousin de Paris ? Il aurait fait le voyage spécialement pour assister à l’enterrement » demandé-je à Marie. 
Elle me répond qu’elle ne le connait guère, elle a rencontré une fois son frère Denis et son épouse qui l’intimidaient beaucoup.

Marie doit dîner avec lui demain chez Jean son beau-frère. Quel dommage que je ne sois pas invitée ! 

La passerelle des quatre vents,  Fourvière, Lyon

Le corbillard doit maintenant se rendre à St-Paul pour prendre « la ficelle des morts », on nomme ainsi le funiculaire montant sur la colline de Fourvière, ensuite le cercueil sera chargé sur le train qui va emprunter ce pont vertigineux que l’on appelle de nos jours « le viaduc des 4 vents »

Au cimetière de Loyasse, la tombe est située allée 12 - carré 12. 

Cimetière de Loyasse à Lyon

Dans ce #RDVAncestral rien n’est fictif, sauf ma présence le 5 juillet 1918, mes sources sont les archives familiales et surtout les lettres de Marie à André, de Jeanne Falcouz à André.

La tombe n’appartient plus à la famille, les corps de cette sépulture ont été exhumés et transférés à Montbrison dans un caveau familial que la famille de Clotilde possède au cimetière. Là repose Antoinette Poutrain, sa maman.


2018-01-13

Bloganniversaire 3 ans

Mon blog a 3 ans, il met en lumière nos aïeux comme autant de facettes de la forêt de Briqueloup 
Le dernier article de Noël était le 200ème. Je remercie mes lecteurs qui me suivent fidèlement, je suis très heureuse de l’audience qui a doublé en 2017.



Lorsque j'ai ouvert ce blog, j’étais enthousiaste pour participer 

Dès 2015, ce ChallengeAZ m’a servi de passeport, il m’a permis de naviguer avec mes marins en Méditerranée. Sans cette invitation au voyage, je n’aurais pas osé me lancer à l’eau pour parler librement de mes ancêtres et j’ai commencé par explorer les villes et les époques les plus lointaines.

En juin 2016, j’ai habité pendant plusieurs articles, ma maison dans notre village en Provence. Malgré la rigueur du travail d’écriture, ce sont des vacances que je partage avec mes ancêtres provençaux et que je prolonge bien au-delà de cet été 2016.

Cette année 2017, j’ai pris le risque de suivre nos ancêtres pendant la Révolution. Le danger de perdre la tête n’a pas diminué ma prise de risque. J’ai voulu étudier nos généalogies de façon transversale pour comprendre cette époque. La famille de mon époux est souvent concernée directement, ce qui nous amène à mieux connaître l’histoire de Lyon.

 Il se pourrait bien que Lyon, notre ville, soit le thème du prochain ChallengeAZ.

Fonds de correspondance archives familiales


Ayant accès à plusieurs fonds de correspondance, je m'intéresse aux écrits du for privé notamment ceux des femmes du XIXe siècle, en particulier au moment des deuilsdes mariages, ou à l'occasion des événements de la vie quotidienne.
L'inventaire et la numérisation de la correspondance d’une jeune femme, adressée à son mari entre 1914 et 1919, est le travail réalisé cette année. Il a déjà fait l’objet de plusieurs récits dans ce blog et la série va continuer.

Au fil des année, l'expérience me permet de me rapprocher de personnes que je n'aurais pas su évoquer auparavant. J'avance prudemment dans la forêt des nos ancêtres. A présent j'aborde les générations de ma belle-famille, je découvre des personnages tels Fabien A, Thérèse C, et Marie L.
Cela n'aurait pas été possible lorsque mon blog était tout neuf. Mais les lecteurs sont bienveillants et m'encouragent à écrire la suite des billets.

Je participe régulièrement au #RDVAncestral, cela a vraiment influencé le style d'écriture et la façon de raconter les histoires. Je m'arrange pour rencontrer chaque mois un ancêtre et je prépare ce RDV avec soin pour ne pas le froisser car il y a des moments délicats.


Vous êtes trop nombreux pour être cités ici chers généablogueurs ; c’est notre chaleureuse communauté qui a permis à mon blog d’éclore et de grandir en toute confiance. Votre présence est précieuse et incite à écrire des articles dont la qualité ne peut qu’augmenter à la lecture des vôtres.

Meilleurs vœux à tous !



2017-12-16

Noël triste en 1917

En ce jour de décembre 1917, il fait très froid, Marie marche d’un bon pas dans les rues grises de Lyon.
Pour ce RDVAncestral, je la retrouve à nouveau (nous étions ensemble au #RDVAncestral Place Bellecour en novembre), telle une amie proche puisqu’elle m’a déjà raconté sa vie quotidienne à travers sa correspondance.

La jeune femme veut choisir les cadeaux qu’elle offrira aux enfants pour leurs étrennes. André passera ce Noël triste auprès des blessés dans son ambulance. Il a chargé son épouse de s’occuper des cadeaux pour ses filleuls.
L’an dernier, elle avait offert « une boîte de soldats avec voiture d’ambulance » à son neveu qui en a beaucoup joué.



La jeune tante n’hésite pas en entrant dans la librairie, elle sait déjà que Maurice (qui deviendra un homme fort important plus tard) va recevoir le best-seller de 1917. Elle commande « L’enfance de Bécassine un livre que tout le monde veut cette année pour les enfants tant il est amusant paraît-il »


Pour Jacqueline qui va avoir onze ans, le choix est plus délicat, Marie a pensé lui envoyer « un très joli album de cartes postales. » La petite et ses quatre sœurs aînées sont orphelines depuis le mois d’août, Pierre était capitaine d’infanterie. André, attentif à ses nièces, va aider la femme de son frère.


Marie essuie une larme en me confiant que dans sa famille les fêtes ne seront pas réjouissantes. William, père de quatre enfants, a été tué le mois dernier et Madeleine, la sœur de Marie reste dans un chagrin immense, tous essayent d’éviter de parler de ce qui pourrait la faire pleurer.

Depuis l’an dernier, Marie déplore la tristesse ambiante à Lyon :
 « Les magasins à peine éclairés où les montres somptueuses du temps jadis ont été interdites vous rappellent vite à la réalité. [L'an passé, pour la messe de minuit] Les églises n’étaient que peu éclairées […] vous rappelaient tristement le temps où nous vivons. On devient très sévère pour les économies du point de vue de l’éclairage »

Je demande à Marie ce qu’elle va offrir à son petit Jean.
Elle pourrait agrandir la collection des petits soldats de plomb qu’André avait envoyé à son fils, le petit était si fier de recevoir ces soldats miniatures pour jouer à la guerre « comme son papa ». Prudente, la jeune maman a su veiller à ce qu’il ne les jette pas à la tête de sa petite sœur. Lorsque Jean s’excitait dans une bataille, elle le distrayait en lui montrant des livres d’image représentant des soldats.


Il y a deux ans, elle avait acheté un ravissant cadeau, fabriqué par des mains adroites, qui a enchanté son petit garçon :
 « Une tente de toile grise achetée à la vente de Fanny Chartron, dans cette petite tente, il y a un blessé sur un très drôle de petit brancard en bois, une dame infirmière et un général sur le seuil le tout minuscule et très bien fait, le général est superbe avec sa profusion de médailles. »

Marie aime se rendre aux ventes de bienfaisance, c’est certainement une obligation sociale, il faut s’y montrer et dénicher des bricoles à acheter, on trouve des objets qui feront des cadeaux économiques doublés d’une bonne action. C’est aussi une occasion de rencontrer la famille et les connaissances qui œuvrent dans ces associations lyonnaises.

poupées coll. J Sylvestre BM Lyon

Marie me propose de l’accompagner à la vente de Fanny. Je serais ravie de rencontrer cette arrière-grand-tante fantasque dont j’ai entendu quelques anecdotes racontées par Jacqueline sa petite fille. (Mais ceci est une autre histoire)

Je n'ose pas souhaiter un « Joyeux Noël » à Marie, pourtant je sais qu’il y a du bonheur dans sa vie malgré les années difficiles de la Grande Guerre.

2017-12-10

Une correspondance 1GM

Le bonheur de se voir confier un fonds de correspondance, l’impatience d’avoir des nouvelles de la famille, l’étonnement de comprendre la vie quotidienne à Lyon pendant la Grande Guerre.

J’ai passé tant de jours à lire les lettres que Marie Leclerc a adressées à André son époux entre août 1914 et avril 1919, alors il m’arrive de dire qu’elle les a écrites pour nous aussi.
Elles ont été conservées soigneusement pendant un siècle, dans cette boîte bleue.


783 lettres : le nombre est impressionnant.

Marie envoyait une lettre tous les deux jours, il lui arrivait même d’écrire deux fois par jour.


Devant l’ampleur de la tâche j’ai pensé renoncer, refermer la boîte bleue et laisser dormir cette correspondance. 

L’exposition aux Archives de Lyon « 14/18 – Lyon, jour après jour »

m’a motivée pour faire la présentation de cette correspondance, lors de la semaine de la généalogie, puisque ces lettres décrivent la vie quotidienne des familles à Lyon depuis l’annonce de la mobilisation jusqu’au retour de la paix à Lyon. Il s’avère d’ailleurs que les correspondances féminines sont bien plus rarement conservées que les missives des soldats. 

J’ai donc persévéré dans la lecture de ces archives, en dressant en même temps l’inventaire exhaustif des lettres classées par date.
J’ai procédé à la numérisation des pages les plus significatives.
Il est très important de faire régulièrement plusieurs sauvegardes, notamment dans le cloud, pour partager avec les cousins et valoriser cet archivage.

Au fil de la lecture, j’ai pris moultes notes sur le thème de la vie quotidienne à Lyon, mais aussi sur les nouvelles que la jeune femme donnait au sujet de la famille et des relations. (André est un cousin éloigné de Thérèse, grand-mère de mon époux. Marie la rencontrait souvent place Bellecour, voir #RDVAncestral)

Je n’ai pas résisté à faire certaines recherches pour situer les amis dont elle parlait et certains se sont révélés être des cousins qu'il fallut relier dans l’arbre de Marie L. que je complétais ainsi.

Il était tentant de chercher la documentation pour comprendre l’Histoire et illustrer la présentation. Naturellement j’ai vérifié les Morts pour la France, indexant ceux qui apparaissaient au fil des décès que les lettres annonçaient ; parfois, lorsqu’il était question de soldat disparu ou présumé prisonnier, il m’arrivait de vérifier qu’il n’était pas déjà mort sur le site Mémoire des Hommes.

Lorsque la dernière lettre a été rangée, me voilà en train de reprendre le début du courrier de l’année 1914 que j’avais lu trop vite, il devenait important de noter plus de phrases, de numériser davantage de lettres, puisque je situais mieux certaines personnes. 

J’avais annoncé ce projet lors du généathème de janvier 2017, mais il n’était pas facile de tenir la longueur sans trop me disperser, car je voulais avoir terminé la lecture et l’inventaire avant la fin de l’été.
Mission accomplie : le diaporama PowerPoint a été présenté plusieurs fois en novembre dernier, aux Archives de Lyon et au groupe Patrimoine et Familles du Lyonnais de la SGLB.


2017-12-01

A leur adresse …

Est-il important de connaître les adresses de nos ancêtres ?
J’aime à leur envoyer mes pensées affectueuses, lorsque je passe devant leur domicile, surtout si j’ai découvert la localisation après de longues recherches.
Je dois vous avouer que si mes descendants faisaient la même chose en levant les yeux sur les immeubles où j’ai habité, cela me paraîtrait dérisoire.
En tout cas, savoir où ils ont vécu, même peu de temps, nous permet de mieux comprendre nos ancêtres et surtout de matérialiser quelques moments de leur existence, sans prétendre toutefois que mes impressions ont été semblables à celles qu’ils ressentaient à leur époque.


La possibilité de pouvoir raconter des histoires à partir des lieux titille mon imagination.
J’ai eu envie d’explorer StoryMap 

Sur Geneatech, le tutoriel de Sophie est très efficace, en quelques minutes on obtient une carte de narration où s’insèrent le plan, la photo et le texte.

Au clic, allons voir les adresses de la famille du docteur Arcelin à Lyon :

Pour reconstituer le parcours de Fabien et Thérèse dans Lyon,
commençons par ouvrir les archives familiales, les correspondances, les faire part, les actes d’état-civil, le livret matricule, les recensements, les annuaires …

J’apprécie de noter, à la volée, les adresses dans cet onglet du logiciel Ancestrologie dont je ne trouve pas l’équivalent sur Généatique. (Je travaille avec ces deux logiciels)


Ensuite, j’utilise un tableau Excel pour sourcer les lieux. 


Ce répertoire met au clair les adresses successives, mais il fait apparaître quelques discordances.
Faut-il considérer les numéros du tableau de recensement comme les numéros des maisons ?
Le recensement (AD 69) indique la présence de la famille au n°4 de la rue du Plat, alors que l’annuaire donne comme adresse le n°6. Plusieurs lettres ont eté adressées au n°4. Donc le doute persiste, il faudra que je retourne photographier l’immeuble voisin, afin de vérifier s’ils ne communiquent pas.

23 rue Sala

Lorsque la famille Arcelin s’agrandit, elle doit déménager, tout en restant dans le quartier. Le grand appartement du rez-de-chaussée au n°23 rue Sala s’avère bien pratique et les enfants apprécient d’entrer facilement par la porte ou par la fenêtre, en particulier pendant 2GM.


Thérèse qui est née dans le même arrondissement, aura déménagé seulement de quelques mètres plusieurs fois au cours de sa vie.
Les amis et plusieurs générations de cousins, habitent des immeubles à proximité.
Ces familles étaient locataires de leurs logements à Lyon. 
J'aimerais tant pousser la porte et pouvoir entrer chez eux afin de les retrouver.



Pour voir la ligne de vie de Fabien  (le premier des 6 billets de la série consacré à ce grand-père) 

PS_ Les photos sont préformatées par StoryMap et le rendu peut apparaître déformé, ce qui n’est pas satisfaisant. L’un de vous pourrait-il m’aider à améliorer l’édition des photos ? Je n’ai pas trouvé de tutoriel pour cela.

2017-11-18

Promenade vers la Place Bellecour, en 1915

Tant d’heures passées à lire toutes les lettres de Marie, envoyée à André entre 1914-1918, m’ont permis d’entrer dans l’intimité de cette jeune femme de 26 ans et de mieux comprendre la vie quotidienne à Lyon en 1914-18.
Je fais la présentation de cette correspondance aux Archives de Lyon ce mois-ci, à l’occasion de la semaine de la généalogie.

Pour ce #RDVAncestral, je vais rendre visite à Marie, le 20 octobre 1915.


Je pousse la porte d’allée de l’immeuble*où elle habite rue Sainte-Hélène.
Oh justement, la voilà qui descend l’escalier avec ses deux enfants, Jean et la petite Anne qui a fait ses premiers pas il y a quelques semaines.


Elle me propose de l’accompagner dans sa sortie. « Il faut que les enfants prennent l’air »
Tous les jours entre 14h et 16h, lorsque le temps est clément, la jeune femme se montre Place Bellecour pour la promenade des enfants. Elle retrouve quelques connaissances, c’est l’occasion d’échanger des nouvelles de leurs hommes qui sont partis à la Grande Guerre.

Marie m'amène voir les canons pris aux Allemands qui sont exposés comme des trophées de guerre.


Du haut de ses trois ans, Jean est fier de raconter que son papa s’occupe des blessés dans son ambulance. Nous croisons ceux qui séjournent à Lyon, des poilus en uniforme les bras en écharpe, d'autres marchant avec des béquilles, des mutilés, des gueules cassées. Les Lyonnais sont habitués à les voir, ils sont arrivés si nombreux dans les hôpitaux.

Mais puisque le « gros petit Jean » est impatient de jouer dans le sable avec son seau et sa pelle, nous nous installons sur un banc auprès de Tanmy, la tante d’André qui se fait une joie de rejoindre sa nièce et les enfants. 

Je reconnais la jeune femme qui vient saluer Marie, c’est Thérèse, l’épouse de Fabien A. dont je vous parle dans mes articles que vous pouvez lire dans les pages précédentes. Thérèse est grosse de son deuxième enfant.


« Je ne sais plus que faire à manger à nos pauvres très petits, c’est une misère pour avoir une quantité suffisante d’un lait quelconque et les œufs qu’on paye 4 et 5 sous pièce sont très souvent de vraies saletés. » dit Marie. Elle se plaint surtout de la difficulté à s’approvisionner en lait. « Il n’y a plus ni automobiles, ni chevaux on ne trouve plus de laitière de campagne.» 
Je ne peux pas leur expliquer, à ces jeunes mamans dont la vie devient si difficile, que cent ans plus tard, on achète facilement le lait stérilisé, conditionné en briques qui se conservent très longtemps. A notre époque, nous avons oublié qu’autrefois le lait était livré tous les jours en ville et qu’il fallait le faire bouillir avec précaution pour le conserver un peu.

Thérèse qui a une bonne laitière, propose « d’en fournir la quantité nécessaire à Marie à condition d’envoyer tous les matins Joséphine avec une berthe chercher le lait chez elle.» 
Toute heureuse de cette opportunité, Marie remercie vivement la lointaine cousine de son mari.
Cependant dès qu’elle a tourné les talons, Marie me confie sans méchanceté :
« Thérèse Arcelin a une énormité de fille, élevée complètement au biberon, mais je ne l’échangerais pas contre la mienne au point de vue beauté ! »

Bien que je l’ai connue âgée, je peux témoigner que la petite Élisabeth deviendra une belle femme.
Il m’est impossible d’avouer à Marie que sa petite Anne sera emportée par la grippe espagnole avant d’avoir 12 ans.

Elle ajoute avec une pointe de jalousie: 
« Encore une qui ne s’aperçoit que bien peu de la guerre, son mari est pacifiquement à Lyon. »
Alors là, je dois expliquer qu’il travaille à réparer des blessés touchés par des éclats d’obus et qu’il sauve des vies dans son service de radiologie de l’hôpital militaire, ce docteur Arcelin, qui d’ailleurs intimide tant Marie Leclerc.

Le jeune femme est maintenant pressée de rentrer chez elle pour écrire sa lettre quotidienne à André.



2017-11-12

Fabien A. un mariage d’amour bien arrangé

Elle, Thérèse, ravissante, la taille fine, une artiste qui dessine ...
Lui, Fabien, séduisant, médecin chercheur ...



Leurs fiançailles sont annoncées en octobre 1909.


Le contrat de mariage est signé le 19 novembre 1909, au domicile de la famille de Thérèse, place des Célestins.

Sans tarder, le mariage est célébré le mardi 23 novembre 1909 à la mairie, suivi de la cérémonie à l’église Saint-François de Sales à 11h.
Les témoins de Thérèse sont ses deux oncles ; sa mère est veuve depuis neuf ans.
L'oncle paternel, Louis Chartron, est d’autant plus proche qu’il a épousé Fanny, sa tante maternelle.

L'oncle, Jean Morat, a certainement joué un rôle important pour organiser ce mariage, c’est ce que je vais vous expliquer ....


Le jeune couple part en voyage de noce en Italie, ils réalisent le rêve des jeunes gens de leur l’époque.
La photo ne laisse aucun doute, ces deux là sont heureux et amoureux.

Pourtant il semble bien que ce soit un mariage arrangé, ce qui était encore la norme au début du XXème siècle. En tout cas s’il y a eu des intermédiaires, on se doute que la tante de Thérèse a eu un choix judicieux. Son mari Jean Morat, professeur de médecine à Lyon est originaire du même lieu que la famille de ce jeune docteur
La tante comme la nièce épousent un docteur en médecine habitant le même lieu de Saint-Sorlin en Mâconnais.
Quelques années plus tard en 1920, Georgette, la jeune sœur de Thérèse a 25 ans, elle est mariée avec Pierre qui a 33 ans, c'est un cousin issu de germain de Fabien ; le couple a  exactement le même âge que Thérèse et Fabien lors de leur mariage.

Une histoire de cœurs
Fabien avait examiné 2000 cœurs avec les nouvelles techniques des Rayons X. En effet sa thèse de médecine qu’il a soutenue trois ans avant son mariage, s’intitule poétiquement « les aires de projection du cœur pathologique ».

Son cœur a semble-t-il trouvé en Thérèse la compagne idéale, leurs deux cœurs s’unissent pour 33 ans de vie commune.

Le cœur de Fabien s’arrête de battre en octobre 1942, terrassé par une crise cardiaque.
Sa veuve vit encore huit années, jusqu’en octobre 1950

La mémoire familiale retient que Thérèse a joué discrètement son rôle d’épouse qui a su assister Fabien A, elle dessinait les croquis de ses publications archéologiques. Elle avait une grande patience pour accepter son savant de mari, passionné par ses recherches mais parfois éloigné de la réalité quotidienne de sa nombreuse famille.

Pour mieux connaître Fabien, vous pouvez lire aussi :



Fabien A. un collégien déterminé dans ses résolutions

Pour rencontrer Thérèse, un #RDVAncestral le 20 octobre 1915 :

Promenade vers la Place Bellecour en 1915



2017-10-20

Fabien A. un collégien bien déterminé dans ses résolutions

Avant d’être un chercheur renommé, Fabien fut un collégien rebelle, à l’intelligence précoce. 


En mars 1890, je lui rends visite pour un rendez-vous ancestral (#RDVAncestral).
Dans la salle d’étude du collège de Mâcon, le jeune garçon de 13 ans est penché sur la lettre qu’il écrit à son père.
Il souhaite un échange de lettres tous les deux jours parce que, dit-il, je pourrai m’entretenir avec mon père sur l’histoire naturelle et surtout que je m’ennuie à mourir depuis quelques jours.
Fabien semble en colère et sa plume court sur le papier. Il pense à haute voix.
« Je vous demanderai aussi de bien vouloir m’expliquer ce que c’est que le vent »
« Je demande pourquoi à tout ce qu’on me dit, parce que si je ne sais pas pourquoi un chose se fait, je ne veux pas en entendre parler. »
Je n’ose l’interrompre, mais il lève les yeux et me dit que je peux bien lire ses lettres puisqu’elles seront censurées par le Père Noirot avant l’expédition.

Je vois que tu as été le premier en arithmétique. 
Sans attendre mes compliments Fabien enchaîne :
« J’ai été 1er en histoire et géographie ; dans la composition précédente j’avais été le 3ème. Mon aversion pour l’histoire devient plus grande de jours en jours. Bientôt je la haïrai tout à fait » …
« En fait d’histoire il n’y a que l’histoire naturelle qui puisse m’être utile »…
D’ailleurs j’ai commandé à ma marraine un dictionnaire d’histoire naturelle. « Si ma marraine ne veut pas payer mon dictionnaire entièrement je payerai ce qu’il faudra, mais j’en veux un à tout prix, l’histoire naturelle passe avant tout, vive l’histoire naturelle ! »

Nous savons que Fabien va se distinguer comme médecin radiothérapeute ; ainsi dès son plus jeune âge il avait vocation à soigner les malades. 

Relisons ensemble la lettre ci-dessus
« Je désire que vous me donniez un livre contenant toutes les maladies de l’homme, et énumérant les effets produits par ces maladies et comment elles se guérissent. Ou bien un livre disant comment on prépare un squelette et comment on le monte »

Le jeune garçon est déjà un chercheur qui fait des expériences sur les animaux pour comprendre « l’histoire naturelle » qui le passionne.
 «J’ai passé la grammaire française. Je l’ai bien sue. Jusqu’à présent je ne suis pas en retenue, c’est tout ce qui me faut. Mon but c’est pas de le passer pour être le premier, mais c’est pour ne pas être en retenue afin que je puisse prendre le squelette de plus de bêtes que je pourrais et d’apprendre le plus d’histoire naturelle que je pourrai. »

Fabien me demande si je connais le prix d’un scalpel. Il en aura besoin lorsqu’il rentra chez lui pendant les prochaines vacances de Pâques car il a plein de projets qu'il m’explique :


 « Chaque fois que j’ai un moment de libre, je cherche dans ma tête le moyen de trouver le moyen de prendre des bêtes et comment les monter. 
Aussi j’ai projeté pour les grandes vacances de chercher des bêtes crevés ou en vie tout la journée et de les dépecer tout la nuit. 
Et je veux qu’avant la fin des grandes vacances ma chambre du grenier soit rempli de rayons et que ces rayons soit remplis d’animaux réduits en squelettes. »

« Je vous écris pour vous demander combien un mulet ça coûte, l’idée m’est venu que si j’en achetais un ça me serait utile pour aller chercher des bêtes aux travers des bois et des montagnes. Et puis est-ce que copier une fois une liste de verbes irréguliers, ça peut vous les apprendre ? Je désire le savoir car j’ai ça à faire à cause que j’ai pas su le verbe saillir. Si ca ne peut pas m’y apprendre, je n’y ferai pas. Dites moi ce que vous pensez. »

La question semble s’adresser à moi, qui ne suis que l’épouse de son petit-fils, alors puisque je suis là auprès de lui, je me sens obligée de l’encourager à étudier avec patience dans cette pension si triste. Le docteur qu’il se prépare à devenir sera capable de maîtriser autant la grammaire que l’histoire, la géographie et tant d’autres connaissances qui feront de lui un savant respectable.

Ces lettres, adressées à son père en 1890, ont été conservées et c'est une belle surprise de pouvoir ainsi entendre la voix du jeune garçon attachant qui les a écrites.

Pour savoir ce qu'il va devenir, vous pouvez lire aussi :


2017-10-16

Fabien Arcelin, un radiologue pendant la Grande Guerre

Les rayons X

Le jeune étudiant se passionne pour les rayons X, la recherche est encore récente puisque les rayons X ont été découverts en 1895.
Fabien a soutenu sa thèse de médecine le 7 février 1906, à Lyon. Dans le laboratoire de l’Hôtel-Dieu, avec d’Etienne Destot, son directeur de thèse, il perfectionne les techniques de radiographie pour étudier les pathologies du cœur et son travail intéresse le milieu médical car les applications sont prometteuses.
En mai de cette même année, il est nommé chef du Laboratoire de Radiologie de l’Hôpital Saint-Joseph à Lyon.

Les 5 pionniers de la radiologie à Lyon

Fabien est le plus jeune des cinq les pionniers de la radiologie : 
Etienne Destot, Victor Despeignes, Antoine Bouchacourt, Claudius Regaud. 
Ils sont actuellement mis à l’honneur dans l’exposition Rayons X aux Archives de Lyon.

Fabien Arcelin 1918

Entre 1914-1919 pendant la Grande Guerre

En 1914, Fabien a 41 ans.
En juin 1914, participant à un congrès d'urologie, il envoie des cartes postales à sa femme depuis Berlin.

Mais les événements vont se précipiter dans les semaines suivantes.

Le 19 juillet, naissance de son premier enfant Élisabeth.

Du 27 au 30 juillet, Fabien Arcelin fait partie des organisateurs du congrès de radiologie à l’occasion de l’exposition internationale de Lyon. Lire : https://lyonnais.hypotheses.org/2997

Le 2 août, déclaration de guerre, les médecins sont tous mobilisés, Fabien est affecté au service radiologie et au centre vaccinogène de l’Hôpital Desgenettes à Lyon qui se trouvait alors sur les quais de Rhône (à l’emplacement de l’actuel  Sofitel).
 .
Sa fiche matricule[1] est riche de renseignements sur ses responsabilités pendant cette période #1GM 

Le 28 décembre 1916 désigné pour équipage radiologique n°2 _1e division technique
Le 27 octobre 1917 promu médecin major 2e classe

Il est démobilisé le 26 octobre1919.


Le travail d'un radiologue #1GM


C'est un travail particulièrement difficile car les blessés affluent à Lyon qui est une ville hôpital réputée pour la qualité des soins.
Le docteur Arcelin contribue à perfectionner la radiologie et pratique la radiothérapie. Il améliore les instruments et le matériel, notamment la table radioscopique[1] «et surtout la rend moins dangereuse» comme on peut le lire dans cet article qui fait l'éloge avec humour.

Gazette médicale janvier 1916 source Gallica (note 1)
Le radiologue est un assistant essentiel pour le chirurgien, son fluoroscope aide à voir les zones à opérer, les balles et même les minuscules éclats d’obus à extraire.


Voici quelques cas, relatés dans La Gazette médicale de Lyon, (source Gallica)
parmi tous les blessés qu’il a contribués à sauver il y a ces hommes :
Soldat M , blessé le 30 décembre 1914. La radiographie pratiquée par M. Arcelin montre une balle de fusil dans la région ombilicale, bon rétablissement après l’opération.
Soldat blessé le 24 août 1914 déplacement de la balle dans la vessie qui a pu être localisée par la radiographie, le malade est opéré le 27/05/1915


Ses confrères sont élogieux mais le docteur Arcelin a déjà compris les risques liés à l’utilisation des rayons X [3] . Il sera le premier à lancer, dès 1911, un sondage auprès de ses confrères sur leur danger.

Sa vie de famille entre 1914-1919


Pour une présentation aux Archives de Lyon, il se trouve que j’étudie actuellement un fonds de correspondance de 1914-18 qui nous donne quelques nouvelles de la famille de Fabien à cette époque. Marie, l’épouse d’un cousin de sa femme, écrit que Thérèse a plus de chance que la plupart des épouses de militaires car son mari est resté pacifiquement à Lyon auprès d’elle. Bien sûr Marie n’est pas consciente du travail formidable du docteur Arcelin qui a sauvé tant de blessés.
Elle nous apprend qu’en 1918 Fabien travaille à l’hôpital de Valence où son mari est muté aussi.
D’ailleurs la famille de Fabien et Thérèse va s’agrandir, en 1915 -1916 et 1918 vont naître successivement Adrien, Suzanne puis Madeleine. Trois autres enfants arriveront les années suivantes. A eux sept ils constituent ce que leur père, trop occupé professionnellement pour les guider, appelle « ma meute ».

Fabien Arcelin est chevalier de la Légion d'honneur le 20/06/1920.



[1] AD71_1R_1896_4779_D

Pour lire l'article intégralement sur Gallica :
Le précédent billet montre la ligne de vie de notre grand-père

Dans le billet suivant , vous lirez ses lettres de collégien précoce

et vous ferez la connaissance de l'élue de son coeur