2017-06-29

Y_l’idée de Félicité

En 1790, trois fillettes discutent au milieu des fleurs du jardin. 



Nina est une ravissante poupée âgée de quatre ans. Pauline et Henriette, ses demi-sœurs, l’écoutent avec une tendresse doublée d’une certaine jalousie car la petite fille attire toutes les attentions.  Plus tard, elle sera une jeune femme très courtisée.

Écoutons-les :

Mon papa est un héros, affirme la petite.
Oh tu as bien de la chance que ton père soit vivant, lorsque j’avais ton âge, le nôtre était déjà mort, dit Henriette, l’aînée qui vient de fêter ses douze ans.
Mon papa, c’est votre papa maintenant. Je veux bien vous le prêter puisque vous n’en avez plus et que vous êtes mes sœurs, dit Nina qui essaye de rattraper sa bévue.
Pourquoi dis-tu que Félicité est un héros ? Insiste Pauline, de deux ans sa cadette.
Mon papa, il nous a sauvés des méchants qui voulaient brûler le château. Mais il n’a pas eu peur, il a dit « Sortez les tonneaux des cave et servez à boire à ces hommes »



Oui, je m’en souviens dit Pauline. Sophie, notre maman, nous disait de rester sans pleurer auprès d’elle.

Alors les hommes ont rit très fort, ils ont bu le vin, ajoute Henriette, mais maman n'a pas voulu que nous allions les voir. Nous nous sommes retirés dans les chambres, je sentais bien que Maman était inquiète. Les hommes étaient bruyants, il y a eu des bagarres.


J’ai une question, ajoute Nina
Est-ce que les sans-culotte n’avaient pas de culotte ?

Les trois sœurs éclatent de rire et s’envolent à la poursuite des papillons dans les massifs de fleurs.

2017-06-28

X_ Se croiser

Auraient-ils eu l’occasion de se croiser, tous nos ancêtres, pendant cette période troublée de la Révolution française ?





Je ne crois pas, 
la vie de chacune de nos familles était trop différente pour qu’elles aient pu se rencontrer.

Le port de Marseille, Joseph Vernet


Mais, peut-être à Marseille ?

Il n’est pas impossible que certains mes ancêtres aient croisé le chapelier Joseph P, aïeul de mon mari.

Imaginons ces hommes :
Guillaume Nicolas et Toussaint Cauvin, les jardiniers, lui auraient acheté des chapeaux de paille.
Nicolas Deleurye, le marchand pelletier, l’aurait rencontré à la foire de Beaucaire
Jean Baptiste Simon, le marin l’aurait bousculé alors qu’il courait s’embarquer sur le port. Celui-ci aurait d'ailleurs pu croiser d’autres de mes marins tropéziens en partance pour le Levant.

Il faudrait leur dire : 

Messieurs,
Gardez votre tête sur les épaules
Prenez le temps d'échanger un sourire.
Dans deux siècles 
vous aurez des descendants communs.


2017-06-27

W_ Victoire et Marianne



Les jumelles Victoire et Marianne sont nées le 25 frimaire de l’an 4, à Saint-Tropez
Leurs parents ont choisi ces beaux prénoms dans l’air du temps de la Révolution et ce double choix me laisse deviner leur tendance politique.

Marianne
Les prénoms Marie Anne sont les plus répandus en Provence au XVIIIème siècle. Sainte Anne est la mère de la Vierge Marie, on met les fillettes sous la protection de l’une ou de l’autre et on peut associer les deux, bien avant que Marianne n’incarne le symbole de la république
Ces deux prénoms forment le premier prénom composé, d’ailleurs suivant les actes on écrit Marianne ou Marie Anne.
En ce qui concerne notre Marianne, l’intention républicaine ne fait aucun doute si on met en parallèle le prénom de sa sœur jumelle Victoire.

Victoire
Plein d’espoir ce prénom donne une grande force à la femme qui le porte.
Victoire a une cousine germaine, prénommée Victoire Sabine, elle est née deux ans avant elle, en 1792. 
Le prénom Victoire s’est transmis aux descendantes de notre aïeule (sosa 17)
C’était le second prénom de ses deux filles. L’aînée s’appelle « Ursule » Victoire Louise. La quatrième Marie Victoire est mère d’une Victoire Marie


Il y a même chez les contemporains une Victoria qui doit tout ignorer de l’origine de son prénom. Je serai heureuse de lui conter la vie de notre aïeule.




Victoire et Marianne SIMON ont vécu dans ces maisons à Saint-Tropez. Leur père Bruno SIMON était capitaine marin.
J’ai écrit un petit article pour situer les jumelles dans nos familles de marins à Saint-Tropez. C'était lors du ChallengeAZ 2015, comme je l’aime bien je vous donne le lien pour le lire :


Bibliographie
  • Bernard Cousin, Prénommer en Provence (XVIe-XIXe siècle), in Provence Historique , n°212, 2003
http://provence-historique.mmsh.univ-aix.fr/n/2003/Pages/PH-2003-53-212_03.aspx

2017-06-26

V_Vivarais-Velay pendant la Révolution

Mes ancêtres de ces forêts n’ont laissé aucune trace liée à cette période de la Révolution.



Je suppose que ceux de Haute-Loire et de l’Ardèche du nord ne se sont pas sentis très concernés; alors que ceux de l’Ardèche du sud seraient plus républicains.


Où trouver des arguments pour étayer ces hypothèses ?


Je n'ai pas cherché dans les archives; quoique je pourrais explorer la série L sur le site des AD07 et AD43 ainsi que je vous le conseille dans le billet I_Inventaire série L.
Je n’ai pas de références précises pour naviguer sur internet.


Je suis donc allée à la BML, la bibliothèque de Lyon. Vous trouverez ci-dessous la bibliographie que j'ai consultée.


La Révolution française n’est pas bien accueillie dans le Velay et en Vivarais où les populations restent fidèles au roi.
Les paysans sont propriétaires des biens où ils cultivent des pommes de terre, du seigle, un peu de chanvre, quelques arbres fruitiers : des châtaigniers, des noyers. Ils avaient quelques bêtes : vaches, mulets, chèvres… Mes grand-pères exploitaient leurs forêts, ils vivaient bien.



Si l’on se fie aux rares cahiersde doléances qui ont été conservés, le pays ne semble pas supporter des redevances seigneuriales écrasantes, les propriétés du clergé ne sont pas très importantes. Mais cela il faudrait le confirmer par des recherches plus approfondies.

Dans le Bas-Vivarais, par contre, le peuple a une vie plus difficile, il y a des jacqueries, on se révolte contre les seigneurs, on brûle les châteaux.

Bibliographie
  • La Révolution française en Ardèche, acte des colloques de Villeneuve-de Berg et d’Annonay, 1988
  • Révoltes et espoirs en Vivarais, 1780-1789, Maurice Boulle, éd FOL, 1988
  • La Révolution Française dans la région Rhône-Alpes, Louis Trenard, 1992
  • La Révolution française en vallée de la Vocance, Bernard Vial, 1989


2017-06-24

U _ Une mère et son fils guillotinés et une histoire d’amour

Marie Catherine Patissier fut guillotinée le 30 juin 1794. 
Son fils Laurent Duvernay subit le même sort, onze jours plus tard.



Je m’intéresse à eux car nous avons un ancêtre commun, c’est le grand-père de Marie Catherine, Antoine Patissier qui vivait à Mâcon avant 1746.

Marie Catherine était veuve de Jean Duvernay. Son fils, prénommé Marie Laurent, lui avait causé bien des soucis.
Il avait 24 ans en 1792 et il était amoureux d’une jeune fille promise à un autre. 
Selon ses beaux-frères, « il avait cherché loin des yeux de sa mère plus de liberté dans les goûts d’une jeunesse effervescente ».

Laurent quitta Mâcon avec cette jeune fille, ils allèrent à Metz puis ils s’installèrent à Paris rue d’Anjou. A court d’argent, il demanda à sa mère de lui prêter six mille francs, en disant qu’il avait un plan pour acheter et revendre du vin à bon prix. Les Mâconnais sont spécialistes des affaires concernant le vin.
En fait, il avait le projet d’émigrer en Angleterre.
Sa mère lui refusa cette somme. Il fit quand même un court séjour en Angleterre. 
De retour à Paris, il apprit que sa mère avait été accusée d'avoir aider son fils à émigrer.
Laurent ne sut que faire et réagit avec une trop grande confiance dans la justice révolutionnaire. Il écrivit au Comité de Salut Public, Il se présenta lui-même à Robespierre et à Couthon en s’offrant d’être prisonnier en échange de la liberté de sa mère qui avait été emprisonnée. Cette maladresse causa sa perte.
Le 23 avril 1794, il fut écroué à la prison du Luxembourg.
Les tribunaux de province ayant été supprimés en mars, les accusés étaient jugés à Paris, par conséquent les prisons étaient saturées.
Fouquier-Tinville l’accusa, comme 550 autres accusés, de la prétendue Conspiration des prisons, en l’occurrence il fut jugé lors de la séance du 22 messidor an II de la 2ème conspiration du Luxembourg, qui permettait à une justice expéditive d’inventer un délit de conspiration et de purger les prisons.


Le 10 juillet, le malheureux jeune homme monta sur l’échafaud, ainsi que quarante quatre personnes dont un homme qui cria alors « Je suis le fils de Buffon » le naturaliste.


Accusée d’avoir fait émigrer son fils et entretenu des correspondances avec lui, Marie Catherine Patissier avait été guillotinée onze jours auparavant, le 30 juin 1794, ainsi que vingt cinq personnes.

Sources :

Histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française, Louis Marie Prudhomme, 1796

Mémoires de la Société éduenne, Autun 

Archives nationales (Paris)-Tribunal révolutionnaire. Affaires jugées. 164pages
DUVERNAY (Laurent) : W 411, dossier 945. DUVERNAY (Marie-Catherine PÂTISSIER veuve) : W 400, dossier 927
Le tribunal révolutionnaire de Paris, listes, chiffres, graphiques.

2017-06-23

T_Trop c’est trop à St-Tropez et en Provence

Farandoles révolutionnaire à Riez


J’avais une grande envie de visiter ma Provence (voir ChallengeAZ 2015) et d’aller à Saint-Tropez (voir ChallengeAZ 2016) pendant la Révolution.
Vous avez pu lire le cahier de Doléances de Saint-Julien et je continue l’enquête pour voir quelles étaient les revendications de mes ancêtres provençaux.

En Provence, la Révolution fut bien accueillie.
Les hommes se réunissaient dans les clubs, ils contestaient les pouvoirs religieux ou seigneuriaux. Plus de la moitié des communautés était en procès avec son seigneur.
Sur cette carte d'entrée de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité, à Varages, 1792_1793, comme dans d'autres villes, la pique est l’emblème de l’homme libre. 


Carte de la Société des Amis de la Liberté et de l'Egalité
à Varages, 1792_1793


Les habitants de la sénéchaussée de Draguignan ont rédigé des cahiers de doléances. Par chance, ils n’ont pas été perdus et ils ont été rassemblés par un archiviste, Frédéric Mireur.


J’ai parcouru quelques unes des 537 pages numérisées et consultables sur Gallica. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5597212r

La table des matières (p.521): c’est un index où sont rassemblés par ordre alphabétique les lieux, les termes de droit, et un florilège de mots dont j’extrais ceux qui me parlent :
« la mortalité des oliviers, des vignes, les moulins, les pâturages, les pigeons et les pigeonniers, le prix du sel, les truffes, les troupeaux… » autant de pages à ouvrir.

Il est particulièrement intéressant de lire un glossaire des termes empruntés soit à l’ancien droit, soit aux coutumes et institutions de la Provence. (pages 509 à 520) 


A Saint-Tropez, le 22 mars 1789, nos ancêtres demandent :

« Sur la répartition égale de l’impôt sur toute les terres, sans aucune exception, ni distinction, à perpétuité : il est juste, il est convenable que chacun, proportionnellement à ses biens, participe aux charges d’une société dont il profite des avantages. » (p.401)


Ils demandent la suppression de la dîme payée à l’Église.
«Le lieu de Saint-Tropez est d’ailleurs grevé de 60 000 livres de dettes pour avoir toujours seul fourni, […] l’entretien d’un port qui est l’unique sur la côte , de Toulon à Antibes, qui présente un asile sûr et commode à tous les navigateurs. »


Leurs voisins de Sainte-Maxime ont beaucoup d’humour :

« Sire, nous sortons du fond de la mer comme Jonas du sein de la baleine » 
Je vous invite à lire la suite pleine d'esprit (vue 407)




En dépit d’une déférence au roi au début de la rédaction de ces cahiers de doléances, la Provence reste réservée à l’égard du pouvoir parisien. 
La Révolution va transformer cette province, la diviser et la rattacher au pouvoir centralisé.

2017-06-22

S_ le sang de l’abbé Sauvade

Moulin de Richard
J’aurais aimé mettre une photo
des moulins papetiers d'Ambert

en particulier celle du Moulin de Richard où Benoît Sauvade est né le 14 juillet 1743.

Souvenez-vous, je vous ai montré le berceau de son neveu Claude Sauvade qui a été le personnage de plusieurs articles publiés le mois dernier.

Valcivières, Puy-de-Dôme

J’aurais aimé vous parler de Valcivières, le village de nos ancêtres où il a exercé comme curé. Sa passion était de mettre au point des inventions pour améliorer la papeterie, d’autres pour sécuriser la fabrication de pièces et de papier monnaie, et celle à laquelle il tenait le plus : une machine hydraulique pour les vaisseaux.


J’aurais voulu savoir pourquoi l’abbé Sauvade était « prêtre et chapelain de la Maison Royale des Tuileries » en 1784. 
Lorsque le roi s’installe aux Tuileries en 1789, Benoît va vivre chez son cousin, Jean Blaize Vimal, ainsi que Jean François Gaultier de Biauzat, beau-frère de celui-ci.

La Révolution est en marche. 
Le récit suivant sera plus triste, puisque le sang de l’abbé Sauvade a coulé ce jour du 27 août 1792, à Paris.


Trois hommes arrivent sur la Place de Grève. L’un d’eux est Benoît, le frère de Jean Sauvade (sosa 124).




L’abbé Sauvade a affirmé son innocence tout au long de son procès.
« Puisqu’il faut des victimes, n’importe qu’elles soient innocentes. Je me dévoue. Mais souvenez-vous, Législateur,  que je mourrai pour avoir mis dans une malle, dont on m’a remis la clef et que j’ai remise de suite, trois cartons contenant le reste de la correspondance et autres papiers de commerce qu’elle contenait  quant elle a été envoyée, et dans laquelle il s’est trouvé quinze jours après, des papiers pour faire des assignats. »

Jean Blaise Vimal, son cousin, a avoué, il est compromis dans une affaire de faux assignats. Un escroc s’est associé avec lui, puis l’a dénoncé pour toucher une récompense. 
Jean François Gaultier de Biauzat (H : Honnête Homme) quitte Paris, désolé du procès de son beau- frère, une tête brûlée qu’il a toujours tenté de raisonner.


Les trois hommes montent sur l’échafaud, ils s’allongent sur une planche, posent leur cou exactement sous la lame de la guillotine.



Le bourreau est Gabriel Sanson, descendant d’une célèbre famille, de père en fils, tous sont exécuteurs des hautes œuvres .

Clac la lame tombe.


Le bourreau fanfaronne, 
en allant saisir la tête tranchée 
pour la montrer à la foule, 
il glisse sur le sang des guillotinés, 
il tombe et se fracture le crâne 
et il meurt sans avoir lâché la tête. 



Bibliographie

Laurence Froment, Les Vimal-Gaultier de Biauzat: heurs et malheurs d'une famille auvergnate, 1754-1792, Créer, 2007, 429 p.

2017-06-20

R_Révolution

désordre 
dans les lettres
désordre 
dans les familles
c'est la 
REVOLUTION


Un rêve : s’envoler en 1789


Tracer des volutes autour de la vérité


Vouloir l’égalité, la justice, la liberté


Et   la   fraternité dans un arbre généalogique universel

Love and peace, voilà le rêve révolutionnaire

la Révolution comme Saturne, dévore ses propres enfants*


Or  les loups ont volé le rêve

Ont ensanglanté la forêt de nos ancêtres

Ils  ont perdu la tête

N’oublions rien
 


* " La révolution, comme Saturne dévore ses propres enfants ", Georg Büchner, la mort de Danton

Q _ 14 juillet

14 juillet, Éric Vuillard,  ed. Actes Sud, 2016, 200 p. 



Du mouvement, de l’action, du verbe … quel récit ! La tempête grossit, c’est un déferlement auquel nous assistons en cette journée, la plus célèbre de l’histoire de la Révolution française à Paris.
L’écrivain annonce un projet qui me séduit  :
« Il faut écrire ce qu’on ignore. Au fond, le 14 juillet on ignore ce qui se produisit. Les récits que nous en avons sont empesés ou lacunaires. C’est depuis la foule sans nom qu’il faut envisager les choses. Et l’on doit raconter ce qui n’est pas écrit.»

Le peuple a faim, les récoltes sont mauvaises, la colère gronde. C'est la révolte, la foule grossit et se met en marche vers la Bastille.

p.72« On dit qu’il y eut, ce jour, près de deux cent mille personnes […] une fois retranchés les nouveau-nés, les vieillards et les malades ; cela veut dire que tout le monde y est. Ce doit être une foule prodigieuse,
Mais ce matin là, le 14 juillet, il y a les hommes, les femmes, les ouvriers, les petits commerçants, les artisans, les bourgeois même, les étudiants, les pauvres ; et bien des brigands de Paris doivent y être, attirés par le désordre et l’opportunité incroyable, mais peut-être aussi comme tout le monde, par autre chose de plus difficile à nommer, de plus impossible à rater, de plus jubilatoire. »

Alors l’écrivain doit mettre en oeuvre son  imagination pour raconter et l’on envie son style :
« de toutes parts, ça s’écoule, […].il y a des gens partout. Il faut imaginer ça. Il faut imaginer un instant le gouverneur et les soldats de la citadelle jetant un œil par-dessus les créneaux. Il faut se figurer une foule qui est une ville, une ville qui est un peuple. Il faut imaginer leur stupeur. Il faut imaginer le ciel obscur, orageux, […] mais surtout, la foule de toutes parts, aux bord des fossés, aux fenêtres des maisons, dans les arbres, sur les toits, partout.»

Éric Vuillard a compulsé les archives de la Révolution Française, il croque les portraits des acteurs et réussit à nous mêler à la foule. Nous sommes ces gens dont il énumère les noms, les métiers, les villages, les espoirs.

2017-06-19

P _chateau de Pierre Scize


S’il n’avait pas été démoli pendant la Révolution, 
je pourrais voir de chez moi le château de Pierre Scize.



Il ne faut pas croire qu'il porte le nom d’un homme célèbre. 

Pierre c’est le rocher sur lequel il est construit, il surplombe la Saône. 

Scize signifie que cette pierre est coupée, les ciseaux devaient être géants.



Cette forteresse fut construite au Xème siècle.
À la fin du XV, elle servait de prison; l’esprit de prisonniers célèbres flotte sûrement dans le quartier, parmi eux le marquis de Sade.


Prise par la foule en 1791, cette bastille lyonnaise fut détruite en 1793.


(en 100 mots)

2017-06-17

O_Ossuaire

Le RDVAncestral et le Challenge AZ se combinent pour une visite originale et digne d’un cauchemar.  
J’ai rendez vous avec Gaspard, vous savez le vieillard qui a été guillotiné le 21/12/1793.

C’est une agréable journée de juin, arrivée en avance devant la chapelle Ste-Croix, je me pose au milieu d’un merveilleux jardin où les oiseaux chantent avec enthousiasme et volettent entre les fleurs et les lauriers roses agités par la brise chaude. Le soleil fait briller les ardoises du clocher. Tout invite au bonheur de vivre.

Chapelle expiatoire des Brotteaux, Lyon

Et pourtant c’est un Rendez-vous Ancestral effroyable auquel je me prépare.
L’odeur caractéristique des vieilles églises, mêlée d’encens et d’humidité arrive par bouffées pour me rappeler qu’il est temps d’entrer.
L’escalier en spirale nous fait pénétrer dans les profondeurs d’outre-tombe, il fait de plus en plus froid.
Dans la crypte, le choc est terrible, je savais pourtant que j’allais rencontrer Gaspard perdu dans cet amas d’os, de crânes, de tibias, de clavicules… Tant de crânes empilés, des crânes dont les orbites nous regardent avec leurs yeux absents.
Où se trouve Gaspard ?



Le prêtre qui nous guide explique la Révolution et le siège de Lyon. L’ossuaire conserve les reliques de 2000 victimes, tuées entre octobre 1793 et avril 1794, dont la liste avec les noms, âge et professions est affichée dans la chapelle expiatoire.


Gaspard Margaron est entouré de Lyonnais de toutes conditions sociales, des ouvriers en soie, des marchands, des commis, des domestiques, … quelques nobles, mais surtout des innocents.
Paradoxalement, Gaspard devient l’ancêtre dont je retrouve le plus de traces. Même si je ne peux identifier ses os, je me dis que l’un de ces crânes a pu me faire un clin d’œil alors que je me recueillais devant l’ossuaire.




A consulter sur Gallica (attention il y a des inexactitudes généalogiques)

  • Tableau général des victimes & martyrs de la Révolution, en Lyonnais, Forez et Beaujolais : spécialement sous le régime de la Terreur, 1793-1794  par Antonin Portallier 

Dans cette liste, et donc dans l'ossuaire reposent :


2017-06-16

N_Noms des dénonciateurs et des dénoncés

Concernant l'époque de la Révolution française, parmi les listes innombrables, il en est une, fort étonnante, qui rassemble côte à côte les dénonciateurs et les dénoncés.


Voici les premières lignes de ce livret, imprimé à Lausanne en 1795 :
« Plusieurs Citoyens de Lyon, qui s’étoient réfugiés dans notre ville, et à qui nous avons donné l’hospitalité pour le soustraire à la hache triumvirale, nous ont fait parvenir, après leurs retours dans leurs foyers, les listes de dénonciateurs et dénoncés, avec prière de les faire imprimer. Nous avons acquiescé à leur demande et nous sommes persuadés que non seulement nous rendions service aux braves Lyonnais, en publiant ce recueil qui leur fera connoitre les bons et les mauvais Citoyens, […] »

Assurément ce document est important pour le généalogiste qui travaille sur cette période.
Les noms sont rangés par adresse, et l’on remarque tout de suite que les dénonciateurs de la première colonne habitent le même quartier que ceux qu’ils dénoncent.

On retrouve Pierre Antoine Barou du Soleil dont je vous ai raconté l’histoire. Son nom apparaît trois fois (p.15, p.24 et p.25) dénoncé par différents commissaires.

La famille Margaron a été éprouvée puisque le père, Gaspard fut guillotiné. Le patronyme figure sans le prénom mais je sais que ses fils Antoine, Jacques et André se sont enfuis en Suisse. (voir E_Emigrés) Ils étaient partie prenante dans la publication de ce livret à Lausanne.
On voit : p.37 section de la Croisette : Margaron_ p.61 section de rue du Buisson : Margaron
p.8 section de la Côte : plusieurs commissaires ont dénoncé Jacques Margaron et son beau–frère François Lupin qui a été fusillé.


« La dénonciation est une vertu républicaine » 
Cette phrase est inscrite dans le procès de Gaspard Margaron.

Chaque dénonciation rapportait 30 frs au dénonciateur.


Après la Révolution, une soixantaine de dénonciateurs ont été placés dans les prisons pour les soustraire à la colère des lyonnais. Un groupe d’hommes, réunis place Bellecour, se mit en marche, traversa le pont sur la Saône et arriva devant la porte des prisons de Roanne. Les gardes eurent à peine le temps d’analyser la situation : s’ils barrent l’entrée, ce sera un bain de sang violent, s’ils livrent les prisonniers, il n’y aura pas de pitié pour les dénonciateurs. 
Vous devinez la suite de l’histoire …


Source : Livres numériques à télécharger 

  • Liste générale des dénonciateurs et des dénoncés, tant de la ville de Lyon que des communes voisines et de celles de divers départemens de l'imprimerie de la Société typographique, 1795 -108 p.


  • Compte rendu aux sans-culottes de la République française, par très-haute, très-puissante et très-expéditive dame Guillotine contenant le nom de ceux à qui elle a accordé le passeport pour l'autre monde
http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb31473440q

Parties 3 et 4 concernent Lyon. Et par chance : 
"Antoine Margaron, âgé de 42 ans , né à Lyon, dept du Rhône, place des cordeliers, marchant de gaze, commandant de bataillon, condamné à mort et non exécuté, attendu son évasion "




  • Nom des 15 scélérats échappés des prisons de la Maison commune, le 21frimaire de l'an II : mercredi 11 décembre 1793 
https://books.google.fr/books?id=5MM7AQAAMAAJ&pg=PA205&dq=Papiers+in%C3%A9dits+trouv%C3%A9s+chez+Robespierre

Où l'on voit l'évasion d'un des frères Margaron 35 ans ; bel homme, visage plein et rond, marchand de gaze, 5 pieds 7 pouces

2017-06-15

M_en Mâconnais au temps de la Révolution

Dans son livre de raison, l’arrière-grand-père nous donne le témoignage de son grand-père pendant la « Grande Peur » lors de la Révolution en Mâconnais.

Adrien écrit :

« Mon grand-père avait trente sept ans quand la révolution éclata. Son honorabilité et ses sentiments royalistes le désignaient à la haine des patriotes. Quand les mauvais jours arrivèrent il envoya sa mère[i] et ses sœurs se réfugier dans la montagne, du côté de Cenves, chez des braves paysans en qui il avait confiance et il attendit les événements dans sa maison de Fuissé.

La maison de Fuissé, aquarelle d'Adrien

On ne l’y laissa pas longtemps en paix. Une bande de sans-culottes vint l’y chercher et l’emmena prisonnier. On arriva le soir à Cluny. Ses gardiens, fatigués de la route, se mirent à boire copieusement et le plaçant au milieu d’eux, commencèrent à autour de lui une danse infernale sur l’air de la Carmagnole[ii]. Mon grand-père s’apercevant que quelques uns d’entre eux chancelaient par l’effet du vin[iii] qu’ils avaient bu en trop grande quantité, s’élança dans leur direction, les culbuta et parvint à s’échapper à la faveur des ténèbres. […]

La maison un siècle plus tard

Pendant ce temps-là ma grand-mère[iv] était revenue avec ses jeunes enfants[v] à Fuissé. Elle faillit y être victime de la brutalité républicaine. Une bande de vendangeurs, étrangers au village[vi] venant à passer devant la maison l’aperçut sur la galerie où elle était assise et l’un d’eux prenant une lourde pierre la lui lança en criant : « Mort aux aristocrates ! » La pierre effleura la tempe de ma pauvre grand-mère et alla briser un volet derrière elle. Un bruyant attroupement s’était formé sur la terrasse ; on criait ; on menaçait ; on vociférait. Elle envoya chercher le maire, le citoyen Larochette et lui raconta ce qui venait de se passer.



[i] Madelaine Solvy est sexagénaire
[ii] La Carmagnole est l’hymne des sans-culottes
[iii] Nous sommes en région de vignes et le vin est bon dans le Mâconnais
[iv] Rosalie Martine
[v] Antoine est né en 1800
[vi] Donc c’est l’époque des vendanges : septembre


En copiant ces lignes je suis admirative du style d’Adrien A. (qui ferait bien m’inspirer pour écrire dans ce blog). J’ai beaucoup de gratitude pour cet aïeul qui a passé sa vie à écrire les généalogies de ses familles, alors qu’il ne disposait pas de nos moyens actuels pour effectuer ses recherches.

2017-06-14

L_Lyon au temps de la Révolution

Lyon a vécu des jours difficiles lors de la Révolution, la Fabrique de soie va mal, les tensions s’exacerbent. Tout le monde s’agite : le peuple, les bourgeois, les royalistes, les muscadins, les réfractaires, les contre-révolutionnaires, les jacobins, les montagnards, les dénonciateurs, les dénoncés…  On s’y perd !


En octobre 1793, après le siège de Lyon, la Terreur s’installe pour punir Lyon de sa résistance à la Convention. 2 000 personnes sont guillotinées ou fusillées sur la place de Terreaux et aux Brotteaux. (voir article O_)


A la fin du mois de juillet 1794, la ville est en ruine, la population est décimée. Beaucoup ont émigré pour échapper aux arrestations. Ceux qui sont restés pleurent les morts et les destructions.


J’ai découvert aux archives du Rhône des dossiers concernant des cousins rattachés à l’arbre de mon mari ( série 42L aux AD 69  I_inventaire série L)

J’ai pu lire des documents de personnes touchées par les arrestations. Parmi eux, des coupables ou des innocents, des scélérats ou des honnêtes gens … Je ne saurais porter de jugement, seulement témoigner des tragédies de cette époque.

Voici quelques motifs d'arrestation que l'on peut lire dans les procès des prisonniers :

"Pour avoir tenu des propos contrerévolutionnaire et reconnus comme tels par le Comité"

"S'est caché pour éviter de prendre les armes"


"Reconnu pour royaliste et pour avoir cherché à fanatiser les esprits"


"Lucien, comédien au théâtre des Terreaux, rebelle a porté les armes, partisan des muscadins royalistes"


"Léonard Roux, architecte, ennemi de la révolution, riche, égoïste."

"Médecin, lors du siège il opinoit vivement pour la paix"



Gallica http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40252509t
Emprisonnements arbitraires : 
plus de 2000 citoyens sont jetés dans les caves de l'Hotel de Ville de Lyon 
par les ordres de Loussel, Chalier et leurs adherens : [estampe]

Iconographie à explorer :
Archives numériques de la Révolution française
https://frda.stanford.edu/fr/catalog/fh650dg2698